Lettre ouverte à un pratiquant insatisfait

24.10.2015
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En ce début d’année, le président de la fédération Pierre Grimaldi a transmit à tout les clubs, cette lettre écrite par Tamura Seinsei. Elle date du 29 janvier 1991, mais reste plus que d’actualité. Outre le caractère personnel de cette lettre, son contenu prête à nous faire réfléchir sur le sens de notre pratique et pourquoi nous suivons cette voie.

Lettre ouverte à un pratiquant insatisfait de ses résultats à un examen

Il n’y a pas de compétition en Aïkido, avez-vous déjà réfléchi à ce problème ?

Le sport de compétition moderne n’est pas une chose condamnable en soi. Il est clair que la victoire ne demande pas qu’une splendide constitution physique. Vaincre aujourd’hui demande aussi un très haut niveau technique et une santé morale très équilibrée, en bref une éducation très complète.

Pourquoi le fondateur de l’aïkido a-t-il donc refusé ce système ?

La finalité de l’aïkido est de révéler et de construire la vraie nature de l’être humain.

Quelle est la vraie nature de l’homme, et qu’est l’Homme lui-même, quel est son rôle ? C’est la réponse à cette question qui donne son sens à la vie.

Tout un chacun sait au fond de lui-même que répondre à cette question échappe aux champs ordinaires de la réflexion et de l’analyse, mais l’ignorer vraiment serait la négation de toute vie consciente, qu’on le veuille ou non, chacun porte en lui la réponse. Ce qui fait que nous sommes ici, à échanger des idées, est bien antérieur à notre naissance.

L’aïkido est la mise en évidence de cette puissance qui se manifeste bien que nous ne puissions la voir, ni la saisir. En ceci, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes, sans nous appuyer sur les autres.

La victoire en compétition qui dépend toujours de la décision d’un jury, ne peut en aucun cas mener à cette prise de conscience. Qui plus est, se juger seul en croyant être le seul juste et seul à avoir raison, c’est se situé à un niveau inférieur à celui du compétiteur qui lui s’en remet aux autres. Il est extrêmement difficile de se juger soi-même, d’évaluer sa force, ses capacités, ses connaissances. Bien sûr, il est possible de vivre en ignorant tout cela, cela est même plus facile et sûrement plus agréable.

Parvenu à ce point, je pense que vous me comprendrez.

Que vous ayez pratiqué l’aïkido 10 ou 20 ans, si vous écartez de ce principe, il n’est pas possible de considérer même un instant que vous pratiquez l’aïkido.

À la suite d’un échec un examen, s’en prendre aux jurés, à son partenaire, à la structure organisatrice et pour terminer aller agiter le gouvernement, revient à être incapable de se juger soi-même et à balayer toute idée de connaissance de soi.

Si votre évaluation de votre propre situation est juste, il n’y a plus de raison de craindre une décision contraire, même prise par 10 000 personnes, et moins encore de s’en fâcher.

Et quand bien même vous seriez à ce point convaincu d’avoir raison, le minimum semble de s’enquérir du pourquoi d’un avis qui vous est contraire, libre à vous d’en prendre le meilleur pour en laisser ce qui ne peut vous servir.

Savoir utiliser les éléments positifs d’une opinion fautive va dans le sens correct de votre pratique de l’aïkido.

N. Tamura
Saint Maximin,
Le 29 Janvier 1991

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